L’ego à deux voix

L'ego

Catherine

Moi, je

Impossible de nos jours d’ignorer les injonctions de bien-être autour de la personne.

Estime de soi, confiance en soi, affirmation de soi, prendre soin de soi, connaissance de soi, image de soi, réalisation de soi…. le catalogue est large dans l’eldorado du “développement personnel”, comme les techniques, thérapies et autres outils pour essayer de réaliser ces aspirations.

Construction de soi, comment ça commence ?

Au commencement de sa vie, le petit humain n’a pas conscience d’être lui-même. Cette phase pendant laquelle sa « personne » est mélangée avec celles de ceux qui prennent soin de lui dure environ 8 mois. Pendant cette période de vie, l’enfant s’identifie et s’imprègne de ceux qui l’entourent régulièrement, principalement sa mère qui assure généralement l’essentiel du « care », soit les soins, le nourrissage et l’affection.

Dans ce début de vie, l’humeur de la mère, ou de la personne qui assure l’essentiel des soins, marque donc significativement le nourrisson. Les rituels, la douceur, le chuchotement de petits mots tendres, la prise en compte des besoins, le calme, la stabilité contribuent à l’éveil et à l’évolution psychique du bébé vers la notion d’être un être « séparé » de la personne qui prend soin de lui… Toute une découverte qui ne va pas sans peur, dont celle évidemment de l’abandon, par laquelle chacune et chacun de nous est passé.

Sans redéfinir ici toutes les phases du développement, il est intéressant d’insister sur ce début de vie qui constitue le socle des étapes suivantes et de l’importance d’un climat sécurisant dans la toute petite enfance.

Ensuite ? toute une série d’apprentissages

En grandissant, l’enfant passe par toutes sortes d’apprentissages, individuels et collectifs, par transmission, par imitation et expérimentation, avec son propre bagage inné pour constituer sa personnalité. D’abord dans sa famille, ensuite en élargissant progressivement son environnement social, jardin d’enfant, école, quartier, ville, région, etc.

Il va progressivement se construire pour devenir autonome. Pendant  la crise de l’adolescence, stade où il revisite l’étape vécue pendant sa toute petite enfance et dont nous venons de parler, avec des scénarios divers et plus ou moins agis, il pourra expérimenter la rupture nécessaire avec les adultes responsables de lui pour commencer à prendre son envol.

Si cette étape, dont on parle beaucoup est parfois complexe, le concept même d’adolescence est relativement récent puisqu’il date du début du XXe siècle. Autrefois, la notion de travail marquait l’entrée dans l’âge adulte, malgré la vulnérabilité des enfants  et des jeunes sur ce marché. 

L’homme est un animal social

Pas fait pour survivre seul, ni pour vivre isolé, l’humain doit donc également apprendre, depuis son plus jeune âge, à composer avec ses semblables, exercice tout à fait bénéfique mais,  souvent, périlleux.  Des inévitables désaccords, jusqu’aux conflits sanguinaires, notre histoire pullule d’exemples qui traduisent cette difficulté.


L’organisation sociale, au début de la vie humaine très clanique et tribale,  a évolué vers la prise en compte de la personne. Ce qui n’était autrefois qu’un privilège lié aux classes sociales supérieures, et encore fallait-il se conformer au rôle que votre naissance vous assignait, s’ est élargi, surtout depuis la révolution française et la « déclaration universelle des droits de l’homme ». Mais, avec une nette accélération depuis les  » trente glorieuses » et après les ravages des deux guerres mondiales. La pauvreté extrême diminue, la médecine progresse, faisant reculer la mortalité infantile et maternelle, progressivement la notion de « bien-être » émerge.

Je, nous, eux….

Le développement des moyens de communication et de mobilité, puis l’émergence d’internet et des réseaux sociaux vont propulser la notion d’individu au stade de norme. Et comme tout se monnaie dans nos sociétés…. pour « entourer » cet individu et assurer son confort, vive le business !

Trop ou trop peu….
Si chacun d’entre nous peut, à un moment ou à un autre,  être submergé par un excès de quant à soi, une bouffée d’égoïsme, de “moi d’abord” ou de “m’as tu vu”, une sorte de surévaluation de sa petite personne, l’inverse est tout aussi vrai, hélas. Et sans doute plus fréquent. Bon nombre de demandes en consultation tournent autour d’un manque de confiance ou d’estime de soi. 

Si la société favorise l’individualisme, elle se base également sur la concurrence et la compétition. Il ne suffit pas d’être bon, il faudrait être le meilleur ! Cette forme de clivage exacerbe les extrêmes : l’effacement et l’orgueil. La timidité, le manque d’assurance peuvent faire souffrir l’individu, mais le quant à soi, l’orgueil aussi car alors impossible de vivre hors du regard des autres,  admiratif, évidemment. Cette autre face de la quête de reconnaissance est aussi douloureuse.

Stéphanie

L’EGO, le petit Moi

Nous venons de voir comment se construit notre identité, le concept de soi. Nous apprenons au contact de nos parents, puis de l’école, nos amis, à nous différencier des autres. Mais nous cherchons également ce qui nous ressemble. On parle d’alter Ego comme la rencontre d’un autre qui est semblable à moi, qui me complète.

L’Ego c’est le petit Moi qui a envie de marquer son territoire, qui veut prouver sa valeur, sa force.

L’Ego c’est la partie en nous qui est en perpétuelle colère. Vous savez quand on est content de voir l’autre échouer, quand on fait preuve de mesquinerie ou que le désir de se venger pointe le bout de son nez. Tout être humain l’éprouve dans sa vie mais ensuite on cherche à refouler ces ombres qui ne nous honorent pas.

En effet, on souhaite donner une image positive, bienveillante et altruiste. Personne ou presque ne souhaite mettre en lumière ses travers, sa jalousie ou l’envie d’écraser son adversaire. Certaines personnes ont besoin d’abaisser l’autre pour se sentir au-dessus et ceci masque une mauvaise estime de soi.

Avoir conscience de sa valeur, être fier de soi, de ses actes mais aussi être lucide sur nos limites, permet de se réjouir de la réussite de l’autre. Cependant, il ne faut pas confondre une bonne estime de soi avec le nombrilisme ou l’égoïsme.

Or, l’Ego nous pousse à vouloir être reconnu, à briller, voire être adulé. Se crée alors une impression de lutte, de survie pour continuer à faire exister notre personnalité. Car il s’agit bien là de dualité, de séparation entre moi et l’autre. Intervient le désir de posséder et de défendre nos intérêts. On dit facilement « mon » mari, « ma » coiffeuse », « ma »psy. On aime s’approprier une relation, avoir un lien privilégié que les autres n’auraient pas.

Dans la spiritualité, cette séparation serait une illusion comme si nous étions coupés de notre vraie nature et que nous pouvions entrer en relation avec notre « moi supérieur ».

Par exemple, en méditant, on peut entendre une voix intérieure qui n’est pas l’Ego ni notre mental mais une partie en nous plus subtile qui nous apporte un autre éclairage, une sagesse. Certains parlent d’éveil de la conscience ou de l’intuition.

Mais comment détecter les jeux de notre Ego ?

  • vous vous critiquez ou vous critiquez les autres sans cesse
  • vous vous comparez et avez toujours le sentiment d’être “trop” ou “pas assez”
  • vous vous justifiez sans cesse ou éprouvez le besoin de vous défendre en toute occasion
  • vous avez besoin de vous valoriser avec ce que vous possédez ou ce que vous faîtes
  • vous ne laissez pas parler l’autre et ramenez tout à vous
  • vous cherchez sans cesse l’approbation et la reconnaissance
  • vous voulez avoir raison
  • vous exagérez ce que vous vivez pour attirer l’attention
  • vous utilisez souvent le mensonge

Cette liste nous concerne tous car notre Ego constitue notre condition humaine. Il ne s’agit pas de supprimer l’Ego ou entrer en lutte avec mais simplement apprendre à reconnaître nos mécanismes de protection. Car il s’agit bien de peurs en chacun de nous : la peur de ne pas exister aux yeux des autres, de ne pas être aimé, considéré, peur d’être rejeté, abandonné. L’instinct de survie du corps correspond à l’Ego pour le mental.

Nous sommes plus aptes à voir l’Ego des autres à l’oeuvre que le nôtre. Nous allons penser à telle ou telle personne qui correspond bien à cette description. C’est encore notre Ego qui nous joue des tours…

La voie du milieu

De là à envisager les réseaux “sociaux” addictifs comme un substitut plus ou moins pertinent de notre clan archaïque…..au sens du vivre sous le regard des autres, c’est peut être un peu rapide comme conclusion, mais l’hypothèse est intéressante et mérite réflexion.

Le besoin de reconnaissance n’est pas une pathologie, c’est une aspiration légitime et motivante. L’envie de s’améliorer, voire de se surpasser aussi. Sans excès, sans perdre de vue notre humaine imperfection et en acceptant nos limites et celles de ceux qui nous entourent.

                                  Pour briller… nul besoin d’éteindre les autres !

Ensemble

  » On ne reconnaît chez l’autre que ce qu’on a en soi » !

Aller de l’avant…

L’humain est un animal social

Même si l’individualisme est devenu une valeur fondamentale dans les sociétés occidentales, nous n’en demeurons pas moins les membres de notre espèce : sapiens-sapiens. Espèce qui a évolué dans ses connaissances et capacités, certes, mais aussi en nombre et accessoirement, depuis le siècle dernier, en longévité.

Ce qui était une nécessité pour notre survie, le clan, la tribu dans notre préhistoire et pendant très longtemps, est demeuré un incontournable de notre civilisation…. les autres.

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23 Commentaires

  1. Corinne
    5 janvier 2020 / 13 h 42 min

    Merci beaucoup Catherine et Stéphanie pour ces informations. Un billet riche et intéressant, je ne connaissais pas toutes les nuances de cet Ego qui a tendance à nous faire pencher du « mauvais coté » ! Vos articles à toutes les deux sont magnifiques et on en redemande !

  2. Juliette
    5 janvier 2020 / 15 h 57 min

    Réaction spontanée à ma première lecture de votre article: BRAVO Catherine et Stéphanie ! Je crois que je vais le lire et le relire… Et comme dit Corinne: on en veut encooore! Merci à toutes les 2

    • 5 janvier 2020 / 16 h 45 min

      Merci Juliette cela flatte mon ego mais je sais que parfois savoir accepter les compliments permet d’avoir un retour sur ce que nous créons et nous avons besoin de ce feed-back

  3. 5 janvier 2020 / 17 h 17 min

    Ha merci pour ce vaste sujet Catherine et Stéphanie ! Je crois que nous nous reconnaissons tous dans certains mécanismes… Bravo ! Bisou et bonne journée à vous deux ! 🙂

  4. Sandrine
    5 janvier 2020 / 19 h 42 min

    un article très intéressant que je vais à nouveau lire pour bien comprendre les mécanismes de l’égo. bonne soirée les filles et bravo !

    • 6 janvier 2020 / 15 h 33 min

      Ce fut un plaisir d’échanger avec Stéphanie et de croiser nos expériences sur ce sujet.

  5. Marie Jeanne
    6 janvier 2020 / 14 h 54 min

    Merci Stéphanie et Catherine pour cette collaboration avec un article très intéressant à relire plusieurs fois. Le début de notre vie et notre enfance est déterminant pour beaucoup de choses puisque bien plus tard lorsque nous sommes face à des situations personnelles difficiles les thérapeutes font toujours référence à notre passé. Quant à l’Ego un vaste sujet mais je pense que le principal est de rester soi même, de se moquer de ceux que les autres pensent de vous, de croire en soi et de ne pas vouloir se montrer comme une autre personne pour « attirer » la reconnaissance enfin surtout s’aimer et prendre soin de soi.

    • 6 janvier 2020 / 15 h 13 min

      merci Marie Jeanne pour ce commentaire. En effet il est essentiel de s’offrir cette reconnaissance mais nous avons besoin des autres pour communiquer et le retour que tu fais ici est significatif et a de la valeur

    • 6 janvier 2020 / 15 h 39 min

      Si le début de notre existence est certes marquant, il ne faut pas minimiser les expériences et les rencontres qui tout au long de nos parcours de vie vont influer sur nos sentiments, et nous pousser à chercher toujours et encore un nouvel équilibre. Merci pour ton retour.

  6. Visiteuse
    6 janvier 2020 / 19 h 33 min

    Et Moi, émoi, Aime Moi…

    Pour cet excellent article et très bien écrit, Merci !

    Entre nous l‘égotiste me hérisse le poil : c’est vrai quoi ! C’est quoi cette
    « Personne de goût médiocre, plus intéressée par elle-même que par moi *» ?!

    * Le Dictionnaire du Diable de Ambroce BIERCE.

    • 7 janvier 2020 / 12 h 09 min

      Merci pour ces mots jolis et pleins d’humour…. excellent antidote contre l’égotisme, au demeurant !

  7. 6 janvier 2020 / 23 h 37 min

    Quel bel article .., merci pour toutes ces informations. L’être humain est bien plus complexe qu’il n’y paraît..

    • 7 janvier 2020 / 12 h 12 min

      Complexe certes et tristement prévisible aussi, mais une posture bienveillante, envers les autres et soi-même peut simplifier beaucoup nos vies.

  8. Patricia B
    8 janvier 2020 / 11 h 03 min

    Quel article intéressant. À lire, relire, s’en imprégner pour que l’ego trouve en nous sa juste place. Celle qui nous fait avancer mais sans sortir de cette bienveillance qui devrait accompagner tous nos actes.

  9. Martine
    11 janvier 2020 / 18 h 44 min

    Sujet très intéressant qui donne des pistes de réflexions .je me suis reconnue dans certains passages du jeu de l’ego …. ça ne peut pas faire de mal … Merci à vous deux .Martine

    • 11 janvier 2020 / 21 h 22 min

      Merci de partager votre ressenti et nous pouvons toutes nous identifier aux jeux de l’ego

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