Designated Survivor

Le survivant désigné critique le magazine

Le survivant désigné

Le survivant désigné critique le magazine

Si vous avez aimé la série culte « 24 Heures chrono », vous aimerez très probablement « Designated Survivor » puisqu’on y retrouve des ingrédients similaires : d’abord le sympathique acteur Kiefer Sutherland (ici dans un autre registre), mais aussi le rythme soutenu, le suspens superbement entretenu, des rebondissements nombreux qui nous précipitent d’un épisode à l’autre sans pouvoir lâcher prise, un travail documentaire soigné, une utilisation habile du contexte politique actuel avec, en bonus, quelques références historiques.

Afin de bien comprendre ce qu’est un « survivant désigné », sachez que ce concept a été imaginé par le législateur américain lui-même, dès lors que la menace nucléaire est devenue plus prégnante à l’issue de la 2ème guerre mondiale. Pour assurer la continuité de la présidence sans avoir à organiser, comme en France, de nouvelles élections présidentielles en cours de mandat, un ordre de succession est donc constitutionnellement prévu aux USA.

C’est le « Presidential Succession Act » de 1947 qui décrit le mode actuel de désignation d’un successeur présidentiel en cas de décès, d’incapacité, de démission, de retrait d’un président élu ou en exercice, voire au cas où le président, le vice-président, le président de la Chambre des Représentants (…) seraient eux-mêmes dans l’incapacité de succéder, y compris dans le cas où une grande partie des institutions seraient décimées. Même si les textes ne font pas nommément allusion à un « survivant désigné » choisi par la présidence pour ne pas assister à un événement où se trouvent simultanément réunis le chef de l’État et les principaux représentants du pouvoir américain, l’esprit de la constitution correspond finalement bien à ce protocole et à ce titre.

Le romancier Tom Clancy a été l’un des premiers à exploiter ce thème dans « Sur Ordre » paru en 1996-97 (quelques années avant le 11 septembre 2001 !). Dans le livre, un 747 détourné s’écrase sur Washington DC, éliminant notamment les membres du Congrès, de la Cour suprême et le chef du FBI lors de la cérémonie d’investiture durant laquelle le vice-président Ryan doit devenir président après la démission contrainte du président élu.

Le survivant désigné critique le magazine

Dans la série créée par David Guggenheim, les scénaristes vont plus loin en imaginant qu’un attentat rase le Capitole lors d’un discours sur l’état de l’Union, entrainant la disparition simultanée du président, du vice-président, du gouvernement, des membres du Congrès (Présidents de la Chambre des Représentants et du Sénat inclus), et des membres de la Cour Suprême…

Seuls en réchappent le Secrétaire au Logement et au Développement Urbain, Tom Kirkman, qui avait discrètement été mis à l’abri pour être le « survivant désigné » et 2 députés. Loin dans l’ordre de succession, issu de la société civile, indépendant, inexpérimenté, ne recherchant nullement le pouvoir, Kirkman se retrouve propulsé, sans le vouloir, président des USA, alors qu’il était sur le point d’être écarté du Gouvernement, sacrifié sur l’autel des équilibres politiciens. L’Amérique désorientée et le reste du monde ne peuvent forcément voir en lui qu’un homme incompétent et illégitime pour diriger le pays (et, c’est peut-être pour toutes ces mauvaises raisons que quelqu’un l’a désigné). Il va devoir s’imposer rapidement, prendre de bonnes décisions, identifier et tenter de mettre hors d’état de nuire les auteurs de l’attentat, rétablir les institutions et restaurer une confiance qui lui fait d’autant plus défaut que les ennemis s’avèrent finalement agir de l’intérieur. Heureusement, cet architecte de formation peut compter sur une petite équipe dévouée et relativement soudée avec, notamment, une « Jack Bauer en jupon », l’agent fédéral Hannah Wells (qui vous montrera, si vous êtes assidu(e)s, qu’on peut ouvrir un cadenas et se libérer de ses chaînes grâce à l’armature de son soutien-gorge) !

Le casting est irréprochable. Chacun est très crédible dans l’évolution, au fil des épisodes, de son personnage et l’excellent Kiefer Sutherland (alias Tom Kirkman), autour duquel la série est construite, s’avère finalement fort bien épaulé par une belle brochette de comédien(ne)s parmi lesquels Maggie Q, Italia Ricci, Adan Canto, Kal Penn, sans oublier Reed Diamond, Jake Epstein, LaMonica Garrett, Virginia Madsen et Natascha Mc Elhone en Première Dame…

Cette fiction est d’autant plus originale dans son genre que la droiture du président et les valeurs positives, qui constituent l’ADN de la série, sont à l’opposé des intrigues malsaines qui ont paru parfois prendre le dessus (ou mettre mal à l’aise) dans des séries, néanmoins captivantes, comme « House of Cards » ou « Olivia Pope ». Elle reste toutefois sans concession sur les dérives observées dans la classe politique. Elle a également le mérite de nous montrer de l’intérieur avec un grand réalisme le fonctionnement de l’administration US, les rapports de force, les relations entre les différentes institutions fédérales et internationales, les relations avec la presse. On s’y croirait grâce à des décors parfaitement reconstitués et quelques effets spéciaux !


Le survivant désigné critique le magazine

On rappellera, pour l’anecdote, que le démarrage de « Designated Survivor » (à partir de septembre 2016 aux USA,) a précédé de quelques semaines l’élection (novembre 2016) et l’investiture (janvier 2017) d’un certain Donald Trump. Passionnés par la nouvelle série, les journalistes de CNN n’ont pas manqué de disserter sur ce qui pourrait arriver si la fiction rejoignait la réalité au moment de la prestation de serment du 45ème président US, s’attirant de vives critiques de la part du camp Trump. Quelques épisodes plus tard, le réseau américain ABC a décidé d’abandonner le financement et la diffusion. Il faut reconnaitre que la S2 (22 épisodes), entachée par plusieurs changements, n’a peut-être pas atteint en intensité le niveau de la S1 (21 épisodes), même si elle est restée digne d’intérêt. Heureusement, Netflix a permis le tournage d’une S3, sur un format plus court (10 épisodes), dont le tournage s’est achevé en février 2019.




 

Philippe Balestriero

1 Commentaire

  1. Juliette
    6 mai 2019 / 12 h 13 min

    Chouette! Je crois bien que j’ai trouvé ma prochaine série!! Merci Philippe pour cette description particulièrement circonstanciée et attrayante.

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