La Saint-Valentin autour de la planète – (Partie 1)

La Saint-Valentin autour de la planète – (Partie 1)

Près de 4 français sur 10 fêtent la Saint-Valentin. Comme une bonne partie de la planète, vous faites peut-être partie de ceux qui, chaque année, s’interrogent : A-t-on besoin d’un jour dédié à un saint pour se dire qu’on s’aime ? A-t-on tort ou raison de céder au matraquage publicitaire ?

Une dimension politique s’ajoute parfois à cette problématique quand certains voient dans ces festivités, supposées correspondre à des aspirations venues d’ailleurs, une menace mondialiste de leur identité culturelle, nationale, religieuse ou consumériste.

En conséquence, comme vous le verrez, la fête des amoureux n’est pas célébrée partout, elle est même parfois interdite. Lorsqu’elle est fêtée, ce n’est pas forcément ou pas uniquement le 14 février et avec des rituels qui peuvent être différents, parfois surprenants.

Préambule

Quoi qu’on dise, nos lointains ancêtres n’ont certainement pas attendu Valentin pour se faire la fête. L’origine des célébrations est bien antérieure à la plupart de nos religions actuelles, puisant sa source dans des traditions rurales locales en lien avec le réveil de la nature. La religion s’est contentée de faire de la récupération, tout comme l’UNESCO le fait aujourd’hui avec ses journées mondiales.

De façon plus pragmatique, si le développement économique et l’emploi sont au rang de nos préoccupations, le constat des économistes est que l’organisation de festivités génèrent des emplois, du chiffre d’affaire et des taxes au profit de l’état. Certains pays l’ont bien compris.

Cela étant, le tour du monde que j’ai entrepris vise surtout à savoir comment diverses contrées abordent la fête des amoureux et repérer les coins où il faut être (et ceux à éviter).

En voici la première partie qui vous amènera de l’Amérique à l’est de l’Asie en passant par l’Océanie…

AMÉRIQUE LATINE HISPANOPHONE

Colombie, République Dominicaine, Salvador, Guatemala, Porto Rico, Costa Rica, Mexique, Argentine

Les pays hispanophones d’Amérique latine fêtent généralement le 14 février el Día de San Valentin, plus connu sous les appellations de Día de los Enamorados (Jour des amoureux) ou Día del Amor y la Amistad (Jour de l’Amour et de l’Amitié), ou encore, Día del Cariño (Jour de l’Affection) comme au Guatemala. Il faut y voir l’indication de la portée de l’événement, limité aux amoureux ou étendu à la famille, aux amis, et parfois à l’univers scolaire (entre congénères ou vis-à-vis de l’enseignant(e)).

La Colombie fait figure d’exception car le Día del Amor y la Amistad y est reporté au 3ème samedi de septembre. Février y est considéré comme peu propice à ce type d’évènement, d’autant que la période correspond aux vacances scolaires. Du coup, la Saint-Valentin est surtout connue parce qu’elle génère une forte activité pour ce gros exportateur de fleurs.

Parmi les pratiques traditionnelles associées à ces festivités, les latino-américains aiment bien se prêter, dans la plupart des pays, au jeu de l’Amigo Secreto (Ami Secret), qui consiste à envoyer des petits mots et des petits cadeaux de façon anonyme, afin de laisser deviner au destinataire l’identité de l’expéditeur ! Pour les amoureux, cette combine permet aux plus timides de se risquer, avec une relative discrétion, à une déclaration d’amour à l’adresse de leurs colombines.

L’Argentine a, quant à elle, pour particularité de faire durer le plaisir. Le Día de San Valentin dure un peu plus d’un jour car on se doit de réserver une journée pour honorer également l’amour familial. Au niveau financier, la générosité des argentins reste à peu près au niveau de celle des mexicains, des chiliens ou des péruviens. Mais, outre le 14 février, les confiseurs argentins ont introduit, depuis 1989, une autre occasion de manifester son amour début juillet. C’est la Semana de la Dulzura (semaine de la douceur) où le partage de baisers va de pair avec le partage de friandises, comme l’y invite le slogan “Una golosina por un beso” (un régal pour un baiser).

Les cadeaux offerts pour la fête des amoureux dans ces pays sont principalement les friandises chocolatées et les pâtisseries, notamment les cupcakes, mais aussi les cartes de vœux, les fleurs, les peluches, les bijoux… Les sorties en couple sont évidemment appréciées, surtout s’il s’agit d’un bal, d’un spectacle ou d’un repas romantique arrosé d’une bouteille de vin ou d’un bon mousseux champagnisé.

BRÉSIL 

Dans le Brésil lusophone, São Valentim fait les frais d’une double concurrence, un peu déloyale, avec d’une part le Carnaval et d’autre part Santo Antônio de Pádua (célébré le 13 juin), protecteur des âmes qui s’aiment et O Santo Casamenteiro (c’est-à-dire Le saint patron du mariage), né au XIIème siècle au Portugal comme la plupart des ancêtres ici.

Le Dia dos Namorados (Jour des amoureux) y est donc fêté le 12 juin, veille de Santo Antônio, selon une tradition instituée depuis 1949 grâce à l’influence politique de deux publicistes qui y ont vu un moyen de doper les ventes traditionnellement faibles en juin.

Suite à ce coup de pouce inespéré, Santo Antônio a la chance de voir chaque année les belles brésiliennes défiler à ses pieds pour s’attirer sa sympathie en lui faisant des tas de prières. Simpatias est d’ailleurs le nom de ces rituels très précis que je vous laisse découvrir sous ce lien. Elles repartent en faisant la promesse de conserver l’image du saint sur leur sein afin qu’il ne soit jamais loin de leur cœur pour les aider à dénicher le bon mari. 

Comme, il arrive que Santo Antônio tarde à répondre (on peut le comprendre), deux précautions valant mieux qu’une, les plus pressées des célibataires ont recours aux enchantements proposés par le secteur privé. C’est le cas des Pó do Amor (Poudre d’amour au léger parfum de rose) qu’on peut lancer dans le vent en faisant un vœu ou qu’on peut saupoudrer discrètement (si on convoite déjà quelqu’un) sur la porte de son logement ou, mieux encore, à l’intérieur de ses chaussures, sur ses vêtements, ses sous-vêtements, voire ses draps !

Conviviaux, les brésiliens n’oublient généralement pas que leurs parents, aussi, sont (ou ont été) des amoureux et qu’ils méritent, donc à ce titre, d’être fêtés.

Assez généreux, les brésiliens démontrent leur passion en recourant selon leurs moyens aux cadeaux habituels entre amoureux (cartes, friandises, chocolats, fleurs, bijoux…), mais, au Brésil, il faut forcément conclure avec une soirée musicale et si possible costumée.

AMÉRIQUE DU NORD

USA, Canada

Les états-uniens ne sont pas à l’origine de la création du Valentine’s Day. On le sait au moins par l’anglais William Shakespeare qui, en 1600, y faisait référence par la bouche d’Ophelia dans Hamlet, bien avant la formation des USA (1776). On peut tout au plus reconnaître que le marketing US a contribué à la notoriété de cette fête dans le monde.

Business oblige, aux États-Unis, le périmètre de cette journée est à prendre au sens XXL. Tout le monde y passe : les amoureux, les parents, les grands parents, les écoliers, les amis…  Une multitude de cartes de vœux sont échangées, notamment dans les écoles, collèges ou universités.

Comme en Amérique Latine, une des coutumes est d’écrire quelques mots enflammés sous couvert d’un pseudo anonymat, dans la pure tradition de l’admirateur secret dont il faut deviner l’identité. Un anonymat complet ne serait évidemment ni marrant, ni pleinement efficace.

Dans la très large gamme de cadeaux, on retrouve les fleurs, les chocolats, les ours en peluche et toute une panoplie de gadgets. Si on se connaît mieux, un parfum, un produit cosmétique, un vêtement ou de la lingerie. Un des plus typiques est le sachet de friandises, accompagné de petits mots doux, décliné sous diverses formes, qu’on appelle candy grams.

Les canadiens subissent l’influence du pays voisin en ce qui concerne le type de cadeaux… Cela étant, les amoureux canadiens entendent bien, ce jour-là, effectuer des sorties un peu originales auxquelles ils donnent une patine romantique. Par exemple, à Toronto, on aime se promener pour admirer un paysage, s’abriter dans un café où l’on peut s’amuser avec un choix de 1000 jeux de sociétés plus ou moins rétro (Snakes and Lattes Board Game Cafe), aller danser, assister à un spectacle, ou prendre par la main sa partenaire afin de terminer la soirée avec des patins (aux pieds) sur la patinoire du Nathan Phillips Square.

OCÉANIE

Australie, Nouvelle-Zélande

L’influence des colons britanniques a, très tôt, incité ceux qui vivaient dans ces grandes colonies dépeuplées à perpétuer la coutume selon laquelle jeunes femmes et jeunes hommes devaient se choisir un Valentin ou une Valentine le 14 février. L’échange de cartes produites industriellement était d’ailleurs déjà bien établi en Australie et en Nouvelle-Zélande dans les années 1870, y compris la pratique de l’admirateur secret.

Une jeune femme m’a confié que les australiens lui paraissaient moins romantiques que les français lors du Valentine’s Day, mais cette impression est sans doute faussée par le fait qu’ils s’efforcent de faire de chaque jour une fête ! Il est vrai que les australiens et leurs voisins néo-zélandais ne ratent pas une occasion de festoyer. 60% des australiens déclarent célébrer l’événement et y consacrent un budget moyen qui les situent dans le Top 10 mondial (Plus de 100 USD par personne), les hommes dépensant un peu plus que les femmes.

37% des hommes et 33% des femmes préfèrent passer une soirée romantique avec leur partenaire plutôt que d’avoir un cadeau. 20% des hommes attendent un présent mais savent qu’ils seront déçus. Seulement 14% des femmes estiment qu’un cadeau est indispensable. Celles qui attendent un cadeau sont deux fois plus nombreuses à préférer les fleurs (63%) qu’une carte (32%), ou encore un bijou (46%) plutôt qu’un produit cosmétique (21%). Les cadeaux composés ou faits main sont bien appréciés (37%), par exemple un panier garni avec une carte, une bougie parfumée et des petites choses romantiques.

Pour une majorité d’aussies (AUS), si on sort ce jour-là, c’est avec le but précis d’aller dans un bon et beau restaurant (45%) plutôt qu’au cinéma. Les kiwis (NZ) paraissent plus enclins à bien s’habiller pour aller flâner dans les rues commerçantes auxquelles des décorations confèrent un look romantique en se faisant une place dans un des cafés ou restaurants très fréquentés pour profiter de l’ambiance. Dans tous les cas, en l’absence de cadeau et de sortie, les femmes étant sensibles aux attentions, vous avez tout intérêt à trouver les jolis mots pour vous faire pardonner à la maison !

NORD-EST ASIATIQUE : PAYS DE TRADITIONS … COMMERCIALES 

Chine, Corée du Sud, Taiwan, Japon

Plusieurs pays du nord-est asiatique (comme la Chine, la Corée du Sud, Taiwan ou le Japon) partagent des traditions et des rituels à peu près semblables, même si les appellations peuvent varier. On y ressent les diverses influences ayant pu traverser cette région, notamment celles de la Chine et du Japon, mais aussi bien sûr celles des britanniques et des américains. Il en ressort entre autres caractéristiques que les jours de fêtes romantiques se sont multipliés. 

La fête des amoureux a lieu en été… !? 

Si vous faites un sondage par ici sur l’origine authentique de la fête des amoureux, on ne citera probablement pas Saint-Valentin. On vous parlera plus volontiers de légendes associées à Qixi ou Qǐqiǎo jié en Chine, Qixi ou Chilseok à Taiwan et en Corée, ou Tanabata Matsuri au Japon. Elles font toutes référence à la même trame : une histoire d’amour interdit entre une fée et un humain de modeste condition qui s’étaient connus au bord d’un lac et s’étaient unis en secret. La divine mère de la fée n’ayant pas apprécié cette union les transforma en étoiles et les sépara en traçant une frontière dans le ciel, la Voie Lactée (The Milky Way). Toutefois, nos amoureux pouvaient se voir une nuit par an, celle du 7ème jour du 7ème mois lunaire. 

Comprenant mieux que quiconque les peines de cœur et la joie des retrouvailles, la fée Zhinu (Chine) ou Orihime-Vega (Japon) est devenue l’objet de prières et d’offrandes lors de cette fameuse nuit d’été. Les célibataires et les femmes mariées espèrent ainsi trouver ou préserver leur amour. En Corée, les femmes font des offrandes de citrouille frite à la constellation de la Grande Ourse. En Chine, elles accrochent à l’extérieur une guirlande de fleurs et font une offrande, composée de fruits, de thé et de poudre de riz.

Il était d’usage que les jeunes filles mettent à profit cette période pour faire la démonstration de leurs compétences domestiques à l’aide de divers rituels, mais cela relève de plus en plus du folklore. Les hommes continuent cependant à leur offrir des fleurs.

Cette fête traditionnelle est très suivie et très appréciée. Elle est programmée selon le calendrier lunaire à une date variable en août en Chine, à Taiwan et en Corée du Sud. Le Japon se démarque en la célébrant le 7 juillet selon le calendrier grégorien.

La fête des amoureux a lieu en décembre… !?

Les japonais et, dans une moindre mesure, les taïwanais ont une autre fête des amoureux à laquelle ils accordent couramment une importance aussi grande qu’au Valentine’s Day. Son origine confuse vient, semblerait-il, du désir des célibataires d’avoir quelque chose à fêter au moment où les couples bien établis fêtent Noël. Cette crainte de se retrouver seules la veille de Noël (qui ne représente rien de religieux ici) est bizarrement vécue par certaines comme une humiliation. Du coup, dès octobre, on stresse et on ouvre la chasse à l’amoureux avec lequel on pourra passer le 24 décembre. Pour celles qui ont la chance de prendre un amoureux dans leur filet, la Date Night est le grand soir ! La période se prête à des rendez-vous et des escapades dans des décors un peu féeriques. Les hôtels sont pris d’assaut. On fait les boutiques. On se promène sous les illuminations. On va dîner dans un restaurant chic ou dans un fast-food où on trouvera du poulet frit façon KFC et un fraisier recouvert de crème blanche qu’on appelle au Japon Kurisumasukēki (ou Christmas cake)… et on termine la nuit à l’hôtel !

La fête des amoureux a lieu en février… !?

Evidemment, on fête désormais partout dans la région le V Day (comme on surnomme parfois le Valentine’s Day). La notoriété du 14 février (et des rituels qui y sont associés) doit beaucoup aux confiseurs japonais. Son point de départ date précisément de février 1936 quand une entreprise familiale appelée Morozoff a publié une réclame destinée principalement aux étrangers résidant au Japon. La même entreprise a affiné le concept en 1953 en fabriquant des chocolats en forme de cœur. D’autres ont emboîté le pas, contribuant au renom de la fête, comme le grand magasin Merry’s qui, en 1958, a commencé à proposer des packages avec chocolats et cartes à Shinjuku Isetan.

Le charme particulier du Japon et de la Corée du Sud, c’est que ce sont les femmes qui sont chargées d’offrir des chocolats aux hommes pour la Saint Valentin. Contrairement à la Chine et Taïwan où ce sont, logiquement, les hommes qui mettent la main au porte-monnaie.

Dans un pays comme le Japon, où, traditionnellement, les femmes ont la réputation d’attendre que les hommes prennent l’initiative sentimentale, ce jour-là fait figure d’exception. Alors, pour ne pas trop heurter les mentalités, le marketing japonais a eu l’idée de mêler à la fête les amoureux, les amis et les collègues ! Les femmes japonaises doivent du coup prévoir un budget en conséquence pour la mi-février. La Corée du Sud, quant à elle, a sagement limité l’offre chocolatée aux seuls élus du cœur.

Soucieux de clarifier les pratiques, le Japon a mis en place un protocole codifié portant sur le nom, le type et la qualité des chocolats. Les Honmei-choco (symboles assez chers de vrais sentiments) sont pour les amoureux, les Sewa-Choco (symboles de gratitude) vont aux pères, les Tomo-choco (symboles d’amitié) vont aux amis, et les Giri-choco (chocolats de courtoisie ou d’obligation moins onéreux) sont pour les collègues masculins !

Le système présente, malgré tout, des inconvénients. D’abord, il arrive qu’il y ait confusion lorsque certains collègues masculins, ne sachant pas faire la différence entre les chocos, confondent leur désir et la réalité. De plus, cela constitue une pression sociale et financière, inutile pour les femmes, qui a conduit certaines entreprises à interdire cette pratique.

Fête des amoureux, le retour… en mars… !?

Mais le coup de génie de la NCIA (Association Nationale Japonaise de l’Industrie de la Confiserie) a été réalisé dans les années 80 quand elle a lancé une journée de réponse afin que ceux qui ont reçu un cadeau en février en fasse un, en retour ! Ce n’était, après tout, que justice vis-à-vis des japonaises et coréennes. Cette nouvelle journée de fête a été programmée le 14 mars et appelée White Day ou Howaito Dē avec une petite idée en tête : inciter à l’achat de chocolat blanc dont il fallait stimuler les ventes.

Sachant qu’ils avaient beaucoup à se faire pardonner, les confiseurs-chocolatiers japonais ont édicté une charte de savoir vivre préconisant que la valeur des chocolats offerts en réponse par les hommes le 14 mars devait être, au moins, 3 fois supérieure à la valeur estimée des chocolats reçus !

C’est beau tout ça, mais si on n’aime pas le chocolat me direz-vous ? Qu’on se rassure ! D’abord, entre amoureux, le chocolat n’est que le produit phare. On peut s’offrir tout ce qu’on veut à côté pour le V Day ou le W Day… Le tout est que pour le White Day, ce soit blanc : roses blanches, vêtement blanc, lingerie blanche, bijou blanc… 

Rien ne vous empêche non plus d’aller à Taïwan où l’île, célèbre pour ses fleurs, en a fait, le cadeau-phare de Valentine’s Day. Mais, là encore, vous n’échapperez pas au protocole qui veut que les hommes offrent des bouquets à leur bien-aimée en respectant une codification élaborée quant au type de fleurs, leur couleur et leur nombre.

A titre d’exemple, si les roses rouges sont bien le symbole d’un amour “unique”, il peut être judicieux de préciser davantage votre message. Ainsi, ici, les fleuristes recommandent de constituer un bouquet pour faire savoir à la destinatrice qu’elle est votre amour « préféré » avec 11 roses, ou votre amour “pour l’éternité” avec 99 roses, ou l’objet d’une demande en mariage avec 108 roses ! 

Retenez qu’à Taïwan, on célèbre le White Day comme en Chine, donc à l’inverse de la version japonaise. Ainsi, après avoir reçu leur cadeau en février, ce sont les femmes qui font leurs cadeaux de réponse en mars.

Et après, ça continue ?

Les plus futé(e)s d’entre vous auront compris que les 14 février et 14 mars ne sont que la pierre angulaire du système commercial échafaudé dans cette région d’Asie. Les célibataires japonais(es) et coréen(ne)s qui auraient pu se sentir oublié(e)s lors des festivités du premier trimestre ont fini par revendiquer leur fête le 14 avril. Ils l’ont intitulé le Black Day. En ce jour où ils ont toutes les raisons de broyer du noir, ils ont décidé de se consoler entre eux en se donnant des rendez-vous pour aller manger des haricots noirs (au Japon) ou des nouilles avec une sauce noire, voire des nouilles noires appelées jajangmyeon (en Corée).

Le commerce sud-coréen a, pour sa part, développé le concept à l’extrême en faisant, carrément, du 14 de chaque mois l’occasion de fêter l’amour autour d’un thème différent. Ainsi, se succèdent de janvier à décembre, le jour de la bougie, le jour des amoureux, le jour blanc, le jour noir, puis le jour de la rose, le jour du baiser, le jour d’argent, le jour vert, le jour de la musique, le jour du vin, le jour du cinéma et le jour du câlin.

Comme si ça ne suffisait pas, les jeunes couples coréens se donnent une nouvelle occasion de se dire combien ils font un, le 11 novembre, jour de Pepero. Ils font une préparation à base de poivrons et des espèces de biscuits en forme de 1. Le choix de la date du 11/11 fait référence à ces bâtonnets mis cote à cote.

Les Chinois fêtent aussi l’événement avec des espèces de churros, appelés ici Youtiao, dont ils sont friands. Ils avaient fait initialement de ce jour leur fête des célibataires car le « 11 » représentait deux personnes seules. Le périmètre s’est beaucoup élargi depuis que le marchand en ligne Alibaba s’y est intéressé en créant le Double 11.11 Global Shopping Festival. C’est devenu une journée monumentale de soldes qui, pour sa 10ème édition, a généré 27 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 24 heures en 2018 (dont 1 milliard dès les premières 90 secondes).

SUD-EST ASIATIQUE : PAYS DES SORTIES, DES DÉFIS ET DES MARIAGES

Vietnam, Philippines, Thaïlande, Singapour, Malaisie, Indonésie

Les pays du sud-est asiatique ont, d’un point de vue politique ou religieux, des régimes très différents. Dans certains d’entre eux (par exemple, Malaisie et Indonésie), il est dangereux d’aborder le sujet et plus ou moins interdit de fêter le 14 février. Ailleurs, ceux qui fêtent les amoureux se sont parfois, judicieusement, appropriés la fête en lui donnant une appellation locale. Au Vietnam, Ngày Gần Tình Nhân est le jour près de l’être aimé. Aux Philippines, Araw ng mga Puso est le jour des cœurs.

Les commerces ont vite compris l’opportunité de développer leurs affaires à cette occasion. Les vitrines se parent maintenant de couleur rose-bonbon et proposent toutes sortes de produits en rapport avec la fête des amoureux. Au Vietnam, le bouquet de roses est l’incontournable cadeau que les hommes doivent offrir à leur bien-aimée. Aux Philippines, les jeunes femmes aiment aussi le chocolat qui ne correspond pourtant pas toujours au goût des pays de la région.

Une ambiance de grande métropole

L’ambiance à Singapour est très différente. Elle peut rappeler celles des grandes métropoles. Si les anciennes générations peuvent encore fêter les amoureux le 15ème jour de l’année chinoise, les nouvelles générations célèbrent Valentine’s Day. Cela concerne plus de 3 couples sur 4 qui se connaissent depuis moins d’un an, 2 couples sur 3 qui se connaissent depuis 1 à 5 ans… Singapour figure en très bonne position dans le TOP 10 des amoureux les plus généreux pas très loin de Hong-Kong, la Thaïlande et la Chine.

On peut offrir des pâtisseries raffinées, des petits gadgets et surtout des fleurs sachant qu’ici aussi, certains fleuristes vous indiquent un protocole. Mais, on est bien plus tenté de passer un bon moment dans un très bel endroit en faisant la fête lors d’une sortie originale. Le V Day tombe au moment du Carnaval, ce qui contribue de facto à entretenir une ambiance festive. Certaines rues sont fermées à la circulation comme à Haji Lane, un endroit cool de la ville. Plusieurs quartiers proposent des espaces alliant une bonne restauration et des activités amusantes, musicales ou dansantes. Assez finement, celles et ceux qui se revendiquent “anti-Valentin” sont même invités à se rendre à des soirées moins “kitsch” réservées aux célibataires branchés comme au Lucha Loco sur Duxton Hill.

Les jeunes adultes de Bangkok célèbrent la Saint Valentin dans une ambiance qui se situe à mi-chemin entre celle du Vietnam et celle de Singapour. Les amoureux n’oublient pas d’aller faire une prière au temple pour trouver ou prolonger leur amour, sans que ça les empêche de faire une petite fête en couple ou entre amis. Encouragés par un marketing commercial efficace, on se fait plaisir et on offre des cadeaux à l’être cher mais aussi aux bons amis… Le cœur doit évidemment être le thème récurrent de ces présents qu’il s’agisse de peluches, de gadgets, de fleurs, de bijoux…

Des évènements populaires assez typiques

Les pays fêtant depuis peu le 14 février tentent de créer des événements populaires pour attirer du monde. La théâtralisation des baisers, des demandes en mariage ou des mariages font partie de la panoplie. A Manille, au bord de la baie, le Lovapalooza attire des milliers de couples qui attendent minuit pour s’embrasser en gardant les lèvres jointes durant plusieurs secondes. Hai Phong et Bangkok ajoutent l’enjeu d’un concours. C’est ainsi, qu’en 2011, un marathon historique du baiser a vu, en Thaïlande, 3 couples tenir plus de 50 heures sans avoir le droit de s’asseoir ou de se décoller ne serait-ce que pour boire ou aller aux toilettes (Record à battre : 58 h 35 mn 58 sec).

Aux Philippines, des mariages de masse, gratuits, sont organisés par des organismes gouvernementaux ou des églises.

Savoir rester prudent 

Restons toutefois vigilants. Les pays ne sont pas toujours aussi permissifs qu’on le croit. Il vaut donc mieux connaître les limites. A Bangkok, comme dans certaines régions de Thaïlande, il vaut mieux éviter les démonstrations de tendresse trop passionnées sur la voie publique (qui peuvent être sanctionnées).

Mais cela n’est rien, en comparaison des restrictions qui peuvent frapper certains pays comme la Malaisie et l’Indonésie. Les amoureux téméraires qui seraient tentés d’y fêter Valentin, même dans un lieu confiné, prennent de gros risques et ont donc intérêt à s’abstenir ou à se faire très discrets. 

Dans l’ouest de la Malaisie, une répression assez sévère est exercée par des milices. On rapporte que certains groupes utilisent même des femmes pour flageller celles qui sont soupçonnées d’avoir un rendez-vous avec un jeune homme. La contagion commence à gagner le reste du pays. 

Même cas de figure dans la pourtant très touristique Indonésie où beaucoup de musulmans sont clairement hostiles aux festivités liées à Saint-Valentin. Ici, les patrouilles et les « indics » de la Wilayatul Hisbah (police religieuse régionale), ont la réputation d’être partout et de surveiller jour et nuit les espaces publics, les restaurants, les cafés et même les hôtels. Les dénonciations sont fréquentes. On assiste aussi à des flagellations : 10 coups de bâton pour un geste d’affection en public, 40 pour avoir bu de l’alcool… A éviter si on est des célibataires amoureux désireux de boire un verre !

Pour découvrir la suite de ce tour du monde, il faudra patienter jusqu’au prochain numéro de LMP…


Philippe Balestriero
Partager:

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :