Dessus, Dessous !

Dessus, Dessous !

Crazy Horse Paris, temple de la Femme et de la Féminité

Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler d’un endroit qui me tient à cœur. Toute jeune, après mes études, venue de mon Angleterre natale dans les années 80, j’arrive à Paris. Après quelques expériences dans le domaine de la communication, un des premiers postes pour lesquels je postule est celui d’Attachée de Presse du Crazy Horse Paris, car je suis fascinée par cet endroit créatif, magique et classieux.

Les dessous du Crazy Horse
Façade Photo: Crazy Horse Paris
Les dessous du Crazy Horse
Façade Photo : Crazy Horse Paris

Ma candidature étant retenue (pas comme danseuse… je vous rassure !), je suis reçue par Alain Bernardin, un homme courtois et cultivé. Je suis prête à accepter le travail lorsque la question des horaires est abordée… je refuse. Je ne me vois pas passer toutes mes nuits dans un bureau exigu et rentrer chez moi au petit matin, tout prestige mis à part.

Mais la vie est ainsi faite… Aujourd’hui, c’est en tant que partenaire de certains événements que je trouve mes marques dans ce Crazy qui m’a fait tant rêver. Certes Alain Bernardin n’est plus, mais son esprit est intact et, au fil du temps, les équipes qui ont pris le relais ont su respecter ses volontés, ce qui assure à cette « institution » le succès international qu’on lui connait depuis des décennies.

Pour la petite histoire

Les dessous du Crazy Horse
Alain Bernardin – Créateur et Fondateur du Crazy Horse Saloon. Crédit photo Archives Crazy Horse Paris.

En 1951, Alain Bernardin, un esthète qui aime l’art, Paris et les femmes, va révolutionner les nuits de la capitale en créant un lieu original dédié à l’érotisme dans ce qu’il a de plus sophistiqué.  Au départ, il devait évoquer un saloon symbolique de la conquête de l’Ouest des années 1870. Mais Bernardin est un passionné qui va utiliser les moyens techniques les plus avant-gardistes en matière de lumière pour suggérer, magnifier et envelopper sensuellement le corps des danseuses nues, en évitant toute vulgarité.

Chaque tableau sera impertinent, la chorégraphie aura un thème spécifique. Le son, le choix des musiques, les accessoires scéniques et les effets optiques seront en adéquation avec la progression du spectacle. Tout est pensé dans un format immersif : le spectateur aura ainsi l’impression d’être au cœur de la scène.

L’homme va aussi s’occuper lui-même de la décoration. Il veut un écrin pour que la femme s’y sente comme un objet précieux et que l’on puisse l’apprécier à sa juste valeur.

Banquettes de velours rouge, laque, miroirs statues païennes rococo, ambiance boudoir chaleureuse et intime, l’escalier qui descend vers la salle et qui donne le ton, la musique et, pour vous intégrer dans la féérie, le photographe qui vous fait prendre la pause avant d‘entrer dans la salle… c’est déjà le rêve !

Et puis, quelques idées de génie.

Les dessous du Crazy Horse
Horse Guards . Crédit photo Francoise Goise

Les danseuses seront toutes faites du même moule, au centimètre près.

Leurs mensurations ne seront jamais exagérées, leur corps sera naturel, au plus près de la perfection. Leur cambrure sera unique, incomparable et les différenciera des autres actrices des nuits de la ville lumière. Numéros solos, en duos, en formation de quatre, six ou huit, voire plus.  Elles seront interchangeables, leurs perruques coupées au carré pour la plupart, des prestations semant la confusion dans l’esprit du spectateur.

Elles auront un nom de scène spécifique, original, kitschissime. Un nom aux consonances chimériques dont seul le Crazy Horse sera propriétaire, un nom qui ne sera jamais repris par aucune autre.  On se souviendra de Lova Moor, (l’épouse de Bernardin), Rosa Fumetto, Betty Mars, Bertha Von Paraboum, mais aussi de Loulou de Paris, de Psykko Tico et de Mina Velours. Des noms en trompe-l’œil, comme l’essence même du spectacle.

Le Crazy, une famille, un écrin.

Les dessous du Crazy Horse
Mika Do pointe. Crédit photos Mark Davies

Plus qu’une troupe, les danseuses, le personnel, les techniciens et la direction ne forment qu’une seule famille. C’est une mécanique, une horloge parfaite aux rouages bien huilés. Les horaires? Les danseuses passent par la pointeuse, sérieux, comme des ouvrières du cousu-main des grandes maisons.   Répétitions l’après-midi, deux shows par soir parfois et pas question de faire des excès.  L’exactitude, l’estime de soi, être belle pour soi et pour les autres, le Crazy se mérite. La condition physique y est extrêmement surveillée. Pas question de prendre ou de perdre un gramme là où il ne faut pas (le passage sur la balance et surveiller les centimètres sont de rigueur). On maîtrise tous les styles de danse, par conséquent, le corps doit être au top … mais quel prestige sur le CV ! Les filles rentrent chez elles en taxi et leur personnage de scène couvre leur anonymat ainsi que leur vie privée.

Les dessous du Crazy Horse
Coulisses! EnnyGmatic; Crédit photo Françoise Goise
Les dessous du Crazy Horse
Coulisses! Mika Revolver et Zora Moonshine ; Crédit photo Riccardo Tinelli

Oui, c’est une famille car les coulisses sont très petites, comme la loge commune et il faut de l’ordre pour que rien ne vienne enrayer le déroulement du spectacle : on s’aide, on s’entraide, habilleuses,  déshabilleuses, accessoiristes, régisseurs … quoiqu’il advienne, « The show must go on » !

Des femmes de corps et de cœur

Régulièrement, les danseuses participent à des actions caritatives. Qui pourrait deviner que la jeune femme qui donne des cours de maquillage en plein après-midi dans un hôpital parisien à des femmes malades du cancer,  fait fantasmer un public venu du monde entier sous ses faux cils, sa perruque fluo et son corps de rêve ?

Elles contribuent à ce que les malades reprennent confiance et puissent reconquérir les signes extérieurs de la féminité altérés par la maladie.

Les danseuses leur apprennent à défiler, à se sublimer, se mouvoir avec grâce, parfois le crâne nu, dans des vêtements de jeunes stylistes. C’est fou ? Oui, c’est Crazy !

Le Crazy Horse et ses Guest Stars

Soixante-huit ans après sa création, le « cheval fou» se cabre contre la routine. Le show est sans cesse renouvelé, tout en restant fidèle à certains tableaux qui sont devenus des classiques.

Ses Horseguards sexy y sont toujours au garde-à-vous. Les créateurs de mode comme Jean Paul Gaultier, Poupie Cadolle et toute la nouvelle génération ont participé à l’aventure. En avril  2017, Christian Louboutin, Chantal Thomass et Philippe Découflé ont réuni leurs talents pour offrir des représentations qui sont restées dans toutes les mémoires.

Mais des artistes atypiques comme Dita Von Teese, Arielle Dombasle ou encore Conchita Wurst, une femme pas comme les autres, ainsi que d’autres Guest Stars, comme Pamela Anderson ou Kylie Minogue, ont donné sur cette scène des représentations exceptionnelles. 

Les dessous du Crazy Horse
Fan! Les danseuses avec Céline Dion. Crédit photo Mark Davies
Les dessous du Crazy Horse
Les souliers … c’est lui … Christian Louboutin! Crédit photo Mark Davies
Les dessous du Crazy Horse
Collaboration avec Chantal Thomass . Crédit photo Ellen Von Unwerth

Horse Guards et Avant-garde.

Si la revue « Totally Crazy » reste en quelque sorte le show traditionnel du Crazy avec, en ouverture, ses « Horse Guards » de charme au garde-à-vous,   la programmation surfe parfois sur l’événement et le succès mais elle n’en demeure pas moins toujours au rendez-vous.

Cette année l’audace sera encore une fois présente avec le show de la star anglaise Viktoria Modesta, la « Bionic Show Girl » unijambiste, qui offre une autre vision de la femme en faisant de ses prothèses des œuvres d’art, donnant une nouvelle et audacieuse image de beauté et de sensualité sans frontières en ce XXIème siècle.

Le spectacle est aussi dans la salle. Loin d’être élitiste, le Crazy est ouvert à tous. 

On peut y croiser Rihanna, Madonna, Sting, Beyonce, Christina Aguilera, Céline Dion et d’autres superstars d’hier et d’aujourd’hui. David Lynch est venu parfois y chercher l’inspiration et Francis Ford Coppola y a peut-être imaginé de nouveaux avatars.

Parfois, le Crazy Horse voyage à travers le monde : de l’Australie à l’Ukraine ou même jusqu’au Canada, c’est l’esprit de Paris qui vient à la rencontre des publics les plus variés.

Les dernières tournées mondiales des danseuses ont rassemblé plus de 20 millions de spectateurs !

Dans ses rêves les plus fous, le regretté Alain Bernardin, du fond de son minuscule bureau blotti derrière la scène, au fond des loges de l’avenue Georges V, ne l’aurait jamais  imaginé !

Les dessous du Crazy Horse
Guest Star Bionic Show Girl Viktoria Modesta. Crédit photo @joraftantzis
Les dessous du Crazy Horse
Save our Bare skin! Crédit photo ZittaZurbaghan

Aujourd’hui, sortir du Crazy le cœur en fête, se retrouver sous les pulpeuses lèvres en néon qui éclairent le trottoir, voir la tour Eiffel clignoter comme un immense diamant dans le ciel de Paris est toujours un moment délicieux.

Et, supposons qu’un petit nuage passe…alors, vite, sans hésiter… dansons sous la pluie !

Le magazine positif
Elizabeth Floriant
Glam-rock- re-belle

8 Commentaires

  1. Corinne
    4 juin 2019 / 11 h 56 min

    Merci Elizabeth pour ce bel article sur les dessous du Crazy Horse ! Je ne doute pas des qualités humaines de ces danseuses et il me tarde de te retrouver bientôt dans ce lieu mythique ! Belle journée

    • Elizabeth
      Auteur
      4 juin 2019 / 12 h 25 min

      Merci! C’était un très grand plaisir de contribuer au Mag avec un sujet plein de peps!

  2. catherinesentimots
    4 juin 2019 / 18 h 29 min

    Voilà des « dessous » dont j’ignorais tout ! Merci pour ce coup de projecteur en coulisses, elles le méritent largement.

    • Elizabeth
      Auteur
      4 juin 2019 / 19 h 41 min

      Merci! J’adore ces paradoxes!

  3. Sandrine
    4 juin 2019 / 18 h 34 min

    Hello Elizabeth, Quel bel article, je suis totalement fan ! Je ne connais pas encore ce lieu magique mais je vais y remédier dans quelques jours et j’en suis très heureuse ! bonne soirée.

    • Elizabeth
      Auteur
      4 juin 2019 / 19 h 42 min

      Contente ma beauté que tu va profiter d’un aperçu et merci pour tes gentils mots! Bises!

  4. Isabel
    4 juin 2019 / 19 h 24 min

    Oh comme ça donne envie de découvrir ce lieu magique… j’ai habité longtemps à Paris sans jamais y entrer malheureusement. Maybe one day…
    Bises

  5. Elizabeth
    Auteur
    4 juin 2019 / 19 h 44 min

    Merci Isa … tu est sur de travailler le 13 juin …l’invitation reste d’actualité! Des bises!

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :