Counterpart, une série incontournable !

Counterpart, une série incontournable !

A la fois thriller d’espionnage et de science-fiction, Counterpart conserve une originalité certaine bien que la trame repose sur l’idée, maintes fois exploitée, de l’existence d’univers « parallèles ».

Le titre authentique a été conservé. On aurait pu le traduire littéralement par « Homologue » (ce qui, dans des figures géométriques semblables, se correspond en étant opposé), ou « Contrepartie » en faisant du même coup allusion à l’importance que le troc semble avoir au sein des relations diplomatiques intermondes décrites dans cette série US (qui n’a pas tout à fait l’air américaine). 

Le synopsis

On est ici en présence de deux mondes dont l’un a été généré de façon accidentelle par l’autre lors de travaux scientifiques est-allemands. La Terre originale a alors été dupliquée dans son intégralité. Chacun de ses habitants y a poursuivi son existence, sans se douter qu’il avait un alter ego. Avec les mêmes bagages, génétiques et mémoriels, continuant lui aussi sa vie dans le même environnement apparent, sans avoir conscience de n’être « que » la reproduction d’un individu « alpha ».

Une trentaine d’années après, l’immense majorité des humains peuplant chacune de ces « terres  » ne sait toujours rien de l’incident et des homologues vivant dans un monde voisin presque aussi facilement accessible que si l’on empruntait une bouche de métro. Cette ignorance est entretenue par la poignée de scientifiques ayant provoqué le phénomène.

Ensemble, avec leurs propres « répliques », convaincus que la collaboration de leurs cerveaux les rendrait plus performants, ces quelques personnes ont constitué une direction générale bicéphale extrêmement discrète, voire invisible, qui « supervise » ces deux mondes sans se substituer, semble-t-il, aux gouvernements politiques.

Cette DG s’appuie de chaque côté sur une administration internationale hiérarchisée appelée « Bureau des échanges ». Le travail y est organisé de façon à ce que les fonctionnaires ne puissent avoir qu’un aperçu des tâches à accomplir en fonction de leur niveau.

Seuls quelques agents devant effectuer des missions spécifiques ou exerçant des responsabilités ont une vision plus complète. Peu parmi eux ont la possibilité de franchir la “croisée”, l’endroit où la faille s’est produite, qui constitue l’unique point de passage souterrain doté de postes frontières tout droit hérités de la guerre froide ! Et plus rares encore sont ceux qui ont l’occasion de voir leur propre homologue.

C’est justement dans les interactions observées lors de telles rencontres entre un « original » et sa « copie », au niveau de ce « double Je », ainsi que dans les comparaisons de leurs trajectoires de vie, que réside l’un des attraits de Counterpart.

En effet, à partir de l’instant où la duplication s’est produite, les individus originaux et leurs homologues ont pu évoluer différemment en fonction des opportunités, des accidents de la vie et, évidemment, des choix auxquels ils ont été confrontés.

La théorie de « l’effet papillon » selon laquelle une infime circonstance peut provoquer la bascule d’un destin trouve ici une nouvelle illustration. Des épidémies, des catastrophes ou des styles de gouvernance ont pu aussi altérer les mentalités de façon disparate.

Par conséquent, en trois décennies, les deux mondes ainsi que les êtres qui les composent ont progressivement divergé au point de ne plus être si totalement identiques, d’autant que certaines personnes ont pu mourir dans un monde mais pas dans l’autre et que les enfants conçus après l’instant T dans l’un ou l’autre monde sont, quant à eux, uniques.

Comment pénétrer l’univers de la série ?

Pour pénétrer l’univers de la série, il vous faudra admettre le postulat que chaque planète a la propriété d’échapper aux regards des multiples satellites d’observation et des voyageurs aériens de l’autre dimension. Ensuite, vous pourrez sereinement laisser libre cours à votre curiosité sur plein d’autres questions, y compris métaphysiques ou socio-psychologiques puisque Counterpart fait naître, directement ou indirectement, toutes sortes de réflexions (partage de l’information, poids de l’éducation et de l’enfance, obéissance aveugle, raison d’état, politique de santé, liens familiaux, amour, confiance, etc.).

Une fois immergé, vous vous demanderez probablement comment vous réagiriez dans de telles circonstances, quand vous ne serez plus très sûr de savoir si la personne avec laquelle tel personnage partage sa vie est bien celle qu’il a choisie, si l’alter ego de tel autre a plus de chance d’être son meilleur ami que son pire ennemi, ou si ces deux mondes ont intérêt à s’ignorer, collaborer ou se détruire ?… 

Car, pour corser le tout, les humains étant ce qu’ils sont, on constate assez vite que la découverte d’un autre moi peut réserver presque autant de craintes que celle d’un alien, et, à plus grande échelle, que l’existence d’un autre monde, même semblable, suscite autant de suspicions, d’espionnages, de manipulations et de complots que face à un encombrant pays voisin.

Le choix de situer l’action à Berlin est d’ailleurs hautement allusif car c’est dans cette ville, où un mur concrétisait déjà la séparation entre deux mondes (le bloc soviétique et les pays occidentaux), que la faille s’est produite, suggérant que si le mur est tombé depuis, il n’est peut-être tombé qu’en surface… Ne soyez donc pas désarçonnés par le fait que les personnages peuvent soudainement se mettre à parler dans la langue de Goethe quand ils sont en contact avec des autochtones.

Le temps s’est écoulé sous le regard des quelques scientifiques étudiant à la loupe les comportements des autres humains comme s’ils étaient des rats de laboratoire. Le contre-espionnage s’est activé. Les diplomates tentent inlassablement de négocier avec leurs homologues l’échange crucial d’informations géologiques (pour prévenir des catastrophes ou trouver des ressources), ou d’avancées scientifiques et technologiques.

Mais, dans l’ombre, des complotistes préparent avec minutie leur vengeance après avoir appris de source mystérieuse que l’administration voisine aurait introduit, quelques années plus tôt, un virus génocidaire responsable de la disparition de près de 7% de la population du monde dupliqué.

Tous ces pions semblent mus par des joueurs invisibles, soucieux de dissimuler leur stratégie comme sur un plateau de jeu de Go. Cette atmosphère tendue est d’ailleurs parfaitement rendue dans le remarquable générique conçu par Imaginary Forces sous la direction de Karin Fong et mis en musique avec virtuosité par Jeff Russo. 

Les deux saisons

Les deux saisons de Counterpart, comptant chacune 10 épisodes de 58 mn, se dégustent finalement un peu trop vite. Diffusées aux USA au printemps 2018 (saison 1) et durant l’hiver 2018-2019 (saison 2), elles sont arrivées en France par OCS et sont actuellement disponibles en téléchargement, notamment dans Canal à la demande (Canal+/OCS). 

Ne vous laissez nullement dérouter par l’atmosphère un peu sombre ni par le choix risqué des réalisateurs de ne pas étiqueter clairement l’endroit où se passe telle ou telle séquence, ce qui impose un effort constant pour ne pas perdre le fil.

Cela deviendra rapidement un jeu de découvrir l’indice permettant de savoir dans quel monde on se trouve et si l’on est en présence d’un personnage ou de son homologue. Evitez simplement de laisser s’écouler trop de temps entre deux épisodes. Ne soyez pas influencé non plus par l’annonce de l’arrêt de la série alors qu’une saison 3 était espérée par les fans. Cette décision, due simplement à une audience jugée insuffisante aux USA, notamment pour la saison 2, tient moins à la qualité de la série (appréciée par la plupart des critiques internationaux) qu’au caractère particulier du grand public américain.

Nombre d’observateurs admettent que ce public, confronté à une offre pléthorique, a souvent un peu de mal à s’accrocher aux scénarii exigeant un peu de concentration et dont l’action se déroule, de surcroît, sur un autre continent, même si la production et certains acteurs sont estampillés « Made in USA ». Peuvent en témoigner d’ailleurs les remakes visant à transposer « en terre yankee » les meilleures histoires afin de rencontrer le plus large public possible.

Après avoir touché le cinéma, le phénomène affecte désormais logiquement les séries, notamment européennes, y compris l’excellente série policière britannique Broadchurch devenue outre-atlantique Gracepoint sans réelle autre plus-value que le changement d’uniformes. Soyons simplement heureux d’avoir en Europe l’esprit assez ouvert pour profiter des productions du monde entier !

Si les deux saisons de Counterpart peuvent se suffire à elle-même, malgré le suspens suscité par la dernière image du dernier épisode, il serait pourtant dommage que l’aventure s’arrête là car la saison 2 s’est avérée, pour ceux qui ont eu la chance de la voir, plus rythmée que la saison 1.

De plus, le casting, brillant dans son ensemble, s’appuie, entre autres, sur des acteurs qui ont su relever le défi d’interpréter deux facettes d’un « même » personnage en faisant ressortir, sans caricature, tout en nuances, à la fois les traits distinctifs de leurs caractères et l’identité commune de leur(s) ADN. C’est le cas du remarquable couple formé par Jonathan Kimble Simmons (oscarisé) et Olivia Williams, mais aussi de Harry Lloyd, Sara Serraiocco, Christiane Paul ou encore Nazadim Boniani.

Vous voulez en savoir plus ?

Afin de vous inciter à en savoir plus, l’histoire débute par une scène de défenestration pendant un feu d’artifice alors que la police tente de piéger un redoutable tueur dont elle connaît juste le nom de code, Baldwin, et qui serait sur le point de passer dans un autre monde avec de faux papiers, des armes et beaucoup de devises, mais Baldwin, qui s’avère être une jeune femme, leur échappe.

De l’autre côté, qui s’avère être le monde original, le personnage principal, Howard Silk (J. K. Simmons) a l’allure d’un homme tranquille. C’est un employé de bureau stagnant à un poste ingrat dans une agence internationale baptisée le « Bureau des Échanges ». Sa division, appelée « l’Interface », organise l’échange très formalisé de mystérieux messages avec des individus qui se présentent régulièrement dans des sortes de parloirs. Howard qui ne comprend pas la finalité de son travail s’efforce de l’effectuer néanmoins avec application.

Il mène dans le privé une vie tout aussi routinière, quelque peu perturbée par le fait que son épouse, Emily Burton-Silk (Olivia Williams), renversée par un véhicule en fuite, est hospitalisée dans le coma depuis plusieurs semaines. Il semble avoir pour seul loisir le jeu de Go qu’il pratique avec un “ami” récent rencontré à l’hôpital, mais sa femme semble être son seul véritable centre d’intérêt.

Il lui rend visite tous les soirs pour lui amener des fleurs et tenter d’établir une communication en lui faisant la lecture, et, se débat parallèlement face à la famille aisée de celle-ci, qui a peu de considération à l’égard d’Howard et qui voudrait rapatrier Emily en Angleterre.

Au lendemain d’une nouvelle demande de promotion formulée par Howard et aussitôt refusée par Peter Quayle (Harry Lloyd), le Directeur du département de Stratégie, Howard est pourtant appelé par Quayle et son responsable de la sécurité, Aldrich (Ulrich Thomsen).

On lui révèle alors l’existence d’un monde parallèle et on lui présente un homme identique à lui et ayant la même identité. Il s’agit de son « double ». Ce personnage, visiblement plus assuré, très directif vis-à-vis du directeur, détient des renseignements de première importance et formule des exigences quant à l’évolution de la carrière du Howard original dans la mesure où celui-ci va devoir jouer un rôle clé dans une longue mission exigeant un certain niveau d’information.

Il dévoile que cela est en rapport avec la traque d’un groupe terroriste ayant réussi à faire passer la frontière au tueur à gages surnommé Baldwin (Sara Serraiocco), venu pour supprimer des cibles précises parmi lesquelles se trouve la femme d’Howard.

Le soir même, la tentative visant à achever Emily Burton-Silk sur son lit d’hôpital échoue grâce à l’autre Howard, mais Baldwin échappe au piège qui lui était tendu. L’autre Howard retourne alors dans son monde à la recherche de nouvelles informations.

Il se rend dans un bar où il rencontre « son » Emily, dont il est divorcé, avec laquelle il a une fille, et, qui, contrairement à ce qu’il avait fait croire de l’autre côté, n’est pas morte… Emily semble, elle aussi, avoir une position importante dans ce monde bis et détenir quelques secrets…

Philippe Balestriero
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