« Back side, Dos à la mode » au Musée Bourdelle

« Back side, Dos à la mode » au Musée Bourdelle

Quelle est l’importance et la symbolique de notre dos ? 

Comment la mode s’empare-t-elle de cette partie de notre corps ?

Le dos

L’exposition du Musée Galliera nous offre des pistes de réflexion sur ce thème paradoxal et souvent ignoré. Organisée dans le très beau cadre du Musée Bourdelle, elle met en perspective les œuvres de ce sculpteur et de remarquables créations de mode.  

L’endroit à lui seul mérite le détour. Dans cet ilot de verdure, niché au pied de la tour Montparnasse, le visiteur découvre l’atelier, l’appartement et les jardins d’Antoine Bourdelle. Ils ont été agrandis et aménagés pour mettre en valeur ses nombreuses œuvres. Son atelier est demeuré  tel qu’il était à la date de son décès, en 1929 et nous sommes transportés dans cette époque et immergés dans l’univers d’un artiste à la production très variée, allant du monumental à l’intime. 

Particulièrement sensible au thème du dos dans son art, Bourdelle avait demandé à ses amis d’en prendre l’empreinte pour que celle-ci fut ensuite fondue en bronze.

Le dos

Le dos est la partie la plus vaste de notre corps, et pourtant nous ne pouvons pas la voir, ce sont les autres qui y posent leur regard. C’est pourquoi les artistes, peintres, sculpteurs, couturiers ou photographes y ont toujours porté un intérêt particulier.  Toutefois, dans les photos des défilés de mode récents, le dos est absent, ignorant la réalité tridimensionnelle du corps.

Les mots du dos

Dans les langues occidentales, le dos est souvent connoté négativement, cela s’explique par le fait qu’il est hors de portée de notre regard et souligne nos limites physiques. Des expressions dans toutes les langues telles que « En avoir plein le dos », « Se mettre quelqu’un à dos » ou encore « Poignarder dans le dos » tapissent un mur entier. Par contre la langue japonaise attribue à cette partie de notre corps des valeurs de beauté et d’exemplarité. 

L’exposition débute par la mythique robe D’Hubert de Givenchy, portée par Mireille Darc dans le film Le grand blond avec une chaussure noire, dont le décolleté du dos dévoile bien plus que les reins. Cette robe perturba beaucoup le jeu de Pierre Richard, à tel point qu’Yves Boisset modifia le scénario pour y consacrer une scène supplémentaire.

Le dos, comme un sillage

Le dos

Le mouvement du corps vers l’avant autorise le port de traînes. Signes historiques de noblesse et de richesse, elles forment un sillage et distinguent ceux qui les portent. Ils ne peuvent reculer, occupent un espace plus important et doivent modifier leur démarche. Au XIX° siècle, la traîne devient l’apanage des robes de mariées et des robes du soir. Cette thématique est illustrée par quatre robes qui nous entraînent dans le rêve. La première est de Yohji Yamamoto, toute en simplicité, puis viennent des modèles plus sophistiqués de Givenchy, Rick Owens et Jean-Paul Gaultier. 

Un photographe passionné par le dos : JeanLoup Sieff

Ce célèbre portraitiste (1933-2000) a très fréquemment traité ce sujet, il est même l’auteur d’un portfolio intitulé « Back is beautiful ».

De l’effort à l’élévation

Nous avons de tout temps porté des charges sur notre dos, qui est la partie la plus endurante de notre corps. Le sac à dos a donc été utilisé dès l’antiquité, puis il est devenu un accessoire indispensable des loisirs et de la mode, notamment sous l’impulsion de Prada et les créateurs ont déployé beaucoup de créativité autour de cet accessoire. 

En contraste avec ce premier thème, vient celui des ailes que nous rêvons souvent de porter dans le dos. Elles ont toujours fasciné l’homme, symbole d’immatériel et de spiritualité.  Les « robes ailées » constituent un prétexte à la création de tenues exceptionnelles.

Corsets et entraves du vêtement

Malgré la difficulté d’accéder au dos, lacets, rubans, crochets et boutons y sont placés, constituant des accessoires sensuels mais contraignants.  Depuis le XV° siècle les femmes se trouvent donc dépendantes d’une aide pour s’habiller, ce qui n’est pas le cas des hommes, hormis lorsqu’ils portent des camisoles de force.

Une symphonie de décolletés

L’exposition se poursuit avec un florilège de robes vaporeuses des années 30, mises en valeur par les hauts-reliefs de Bourdelle. 

Puis vient un impressionnant défilé de tenues habillées noires, plus dénudées les unes que les autres. Il  converge vers un buste de femme en pierre claire, véritable vedette de cette scène.

A l’extrémité de cette pièce, nous revenons vers la couleur et les années 70, avec des robes fluides et sexy, notamment celle en nylon que Reinhart Luthier créa pour Jane Birkin en 1976, maintenue par un seul lien croisé dans le dos qui permet d’ajuster la profondeur de décolleté. 

La meilleure façon d’être vu

Le dos est la seule zone que nos bras ne peuvent couvrir, en conséquence, dès la fin du XVIII° siècle y sont placés des décors destinés à être vus par les autres. Au XX° siècle naît le dossard sportif, puis les messages publicitaires, contestataires ou décoratifs se multiplient à partir des années 60. Dans les années 1980, les marques s’emparent de cet espace pour y inscrire leurs logos ou leurs initiales.

Ce parcours s’achève sur un florilège de créations alliant broderies, cuir et velours.

Provocation et volupté dans le grand hall des plâtres

Le dos

L’exposition se poursuit dans ce vaste espace orné de statues monumentales. Deux modèles très emblématiques s’y côtoient. Le premier constitue un summum de rigueur et de provocation, il est en jersey de laine, signé Martine Sitbon et date des années 90. Le second de la maison Givenchy, en organza de soies d’une légèreté incroyable est un phénomène de sensualité. Il a été porté par Kate Blanchett au Festival de Cannes 2018.

Un étrange dos sculpté 

Le dos

Cette œuvre d’Alexander McQueen achève notre pérégrination en donnant une coloration très particulière au salon du sculpteur. Elle fut réalisée pour la collection printemps-été 2000 par le couturier de la maison Givenchy à partir du moulage sur nature du mannequin  Laura Morgan. Argentée, elle est transpercée de gerbes de roses. Entre armure et sculpture ce buste questionne l’anatomie humaine et sa métamorphose.

Bien d’autres merveilles sont encore à admirer dans cette exposition, courrez-y vite avant qu’elle s’achève, le 17 novembre. 

Musée Bourdelle
18, rue Antoine Bourdelle
75015 Paris

Corinne Jequier

5 Commentaires

  1. 3 novembre 2019 / 8 h 32 min

    J’ai également été à cette expo cet été. Grand coup de cœur !!! J’ai d ailleurs écrit un article sur mon blog. Merci pour ta version. Hélène

  2. Corinne
    3 novembre 2019 / 17 h 53 min

    Très bel article et rétrospective de cette expo ! La chance d’habiter Paris ! Bonne soirée

  3. 3 novembre 2019 / 18 h 07 min

    merci pour ce bel article qui donne , comme l’article d’Hélène sur son blog, une idée de cette expo que je ne pourrai pas aller voir d’ici au 17….

  4. isabelkehr
    3 novembre 2019 / 20 h 17 min

    Merci pour ce bel article ! J’aime beaucoup ce musée, lorsque je vivais à Paris je m’y rendais assez souvent.

  5. Filippo di BALESTRIERI
    5 novembre 2019 / 13 h 03 min

    Il reste peu de temps pour y aller mais cet excellent article me donne envie d’y foncer ! J’apprécie beaucoup le fait d’allier art, mode et culture. Il est vrai que la mode peut être un art et qu’elle fait partie d’une culture qui évolue sans cesse, sans renier son passé.
    Je retiendrais pour détail que la fermeture éclair et la rangée de boutons dans le dos sont finalement les armes les plus redoutables des femmes qui conjuguent l’art de séduire et la beauté.

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